Après la fermeture du Château au public, je conduis mes visiteurs de la Fédération Française de Tennis jusqu’à la galerie des Glaces. Une fois encore, je constate, avec tristesse, l’accélération des dégradations du paysage qui s’offre à la vue du public depuis le « grand étage » du Château. L’hiver, la disparition de rideaux d’arbres du fait de leur vétusté ou des dégâts des tempêtes, l’incurie des

occupants du site et, je dois bien le dire, le défaut de conscience des collectivités publiques de la gravité du problème faisant, le visiteur a désormais accès à la cruelle vision d’installations qui dégradent la qualité de ce site théoriquement protégé et jusqu’alors préservé : alimentation électrique de la voie de chemin de fer Versailles-Rambouillet, cabanes de tôle des « jardins ouvriers » des Mortemets, bâtisses du dépôt des véhicules de la Société de transport en commun « Phébus », bâtiments construits sur la parcelle des Matelots encore affectée au ministère de la Défense, constructions à l’horizon de Saint-Cyr, grues inquiétantes sur le plateau de Saint-Cyr.
J’ai, à ce sujet, récemment adressé une note alarmée au ministre de la Culture. Le sujet est trop grave pour qu’il ne concerne pas l’Etat à son niveau le plus responsable et cela d’autant plus que le domaine de Versailles et son site sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
C’est aujourd’hui que paraît dans le Figaroscope un remarquable cahier consacré à l’exposition « Versailles photographié, 1850-2010 », réalisé par Ariane Bavelier et Valérie Duponchelle. Les rédactrices de ce cahier ont sollicité les points de vue de quatre personnalités sur les photographies exposées, Didier Wirth sur les vues du jardin, Claude Parent sur les photographies d’architecture, Laurent Gervereau sur les images qui se rapportent à l’histoire et, Michaël Kenna sur celles qui montrent un « Versailles animé » par la foule des visiteurs. Toutes ces images soulignent la miraculeuse préservation d’un paysage pourtant fragile. Puisse l’insouciance du nouveau siècle ne pas ébranler ce que les siècles précédents ont su préserver !!
Dans tous les pays d’Europe on a pourtant conscience de devoir protéger ce qui appartient à la mémoire commune.
L’English heritage vient de classer les studios d’
Abbey Road, haut lieu d’expression de la musique anglaise au XXe siècle, studios

d’enregistrement notamment des Beatles et de Pink Floyd. La sensibilité du public à l’égard de la conservation du patrimoine est par ailleurs aiguë comme le montre, une nouvelle fois, ce soir, le succès
Des Racines et des Ailes sur France 2, consacré à la rive droite de Paris. L’histoire du patrimoine parisien est aussi celle de son martyrologue. Où sont passés (comme dirait François Villon), la Bastille, la Tour du Temple, le couvent des Célestins, l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, l’église Saint-Jean-de-Grève… ? Veillons à ce qu’un jour Versailles ne soit pas cerné de constructions comme le parc des châteaux de Caserte, près de Naples, ou de Stupinigi dans le Piémont.
Espérons qu'il ne faudra pas, comme certains le craignent, ajouter bientôt l'Hôtel de la Marine au martyrologue des lieux historiques disparus ou saccagés...
Rédigé par : Grandjean Bernard | 24 mars 2010 à 15:56
Monsieur Granjean,
Je suis rassuré sur la volonté de l’Etat de conserver à l’Hôtel de la Marine un usage digne.
Bien cordialement
Rédigé par : Jean-Jacques Aillagon | 31 mars 2010 à 14:53