Je me réjouis de voir ainsi réalisé le rêve de ce personnage hors normes, que j’eus le bonheur de connaître et qui fut mon ami, Jacques Kerchache, décédé au Mexique, en août 2001, au bout d’une longue lutte contre une maladie qui n’avait jamais rien enlevé à sa pugnacité et à son épuisante (pour ses interlocuteurs) persévérance. C’est lui qui avait convaincu Jacques Chirac, avant même qu’il soit président de la République, de la nécessité de doter notre pays d’un musée qu’on disait encore des « arts premiers ». Ce concept, un peu fragile, fut abandonné en cours de route, mais le musée dit bizarrement « du Quai Branly », sans doute provisoirement avant qu’il ne devienne un jour le « musée Jacques Chirac », comme il y a un « Centre Pompidou » ou une « Bibliothèque François Mitterrand », vit bien le jour. Jacques Chirac, à peine arrivé à l’Elysée, décida de donner corps à ce projet dont il fit le grand œuvre de son double mandat. Jacques Kerchache avait, auparavant, obtenu de celui qui était encore maire de Paris, la réalisation dont il assura le commissariat, d’une exposition qui fit beaucoup parler d’elle, consacrée aux Taïnos qui, inconnus du grand public la veille, allaient devenir, dans un contexte de précampagne électorale, célébrissimes et contribuer à l’affirmation de la personnalité culturelle d’un Chirac jusqu’alors réputé « inculte ». Jacques Kerchache et moi avons travaillé ensemble à la préparation de cette exposition qui fut présentée au Petit Palais. J’étais alors directeur des affaires culturelles de la Ville de Paris. Jacques Kerchache portait beaucoup d’affection à Chirac. Je me souviens que, pendant l’hiver 94-95, quand les sondages semblaient encore réserver à Jacques Chirac un nouvel échec aux présidentielles, face à l’ascension qui paraissait irrépressible d’Edouard Balladur, et que je faisais part à l’ami Kerchache, chez lui, de ma perplexité, il savait balayer toute inquiétude d’un seul geste en montrant sa collection d’objets vaudous et en me disant « ne t’en fais pas pour Jacquot (c’est ainsi qu’il désignait familièrement Chirac), tout est branché ! ». Est-ce ce sortilège qui réussit à l’ancien député de la Corrèze ? On le sait, en tout cas, le musée qu’ils conçurent ensemble et dont la
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